Les fidèles d'Anfield ont déjà vu ce film. Un attaquant superstar, apparemment irremplaçable, part vers de nouveaux horizons ou le crépuscule de sa carrière. Pensez à Fernando Torres en 2011, Luis Suarez en 2014, même Michael Owen il y a bien longtemps. Maintenant, c'est au tour de Mohamed Salah. Le Roi égyptien, arrivé en 2017 pour une somme modique de 34 millions de livres sterling, approche de la fin de son odyssée à Liverpool, et le club, malgré tout son sentimentalisme, doit déjà planifier la vie sans son talisman.
L'impact de Salah a été tout simplement historique. Depuis son arrivée, il a inscrit 209 buts en 340 apparitions toutes compétitions confondues. C'est un taux de buts qui rivalise avec les meilleurs de la riche histoire de Liverpool. Lors de sa première saison 2017-18, il a battu des records avec 32 buts en Premier League, ce qui lui a valu le Soulier d'Or et le prix du Joueur de l'année PFA. Il a enchaîné avec 22 buts en championnat en 2018-19 et 19 en 2019-20, deux campagnes victorieuses pour Liverpool. Cette saison, même à 31 ans, il est toujours en tête de ligne, avec 15 buts en 23 matches de Premier League début mars. Il est le meilleur buteur de l'histoire du club en Ligue des champions avec 42 buts. On ne remplace pas ces chiffres avec une nouvelle recrue et une prière.
Le scénario rêvé, bien sûr, est que Salah parte avec plus de trophées. Liverpool a déjà soulevé la Carabao Cup en février 2024, battant Chelsea 1-0 lors d'une finale acharnée à Wembley. Salah a manqué ce match en raison d'un problème aux ischio-jambiers, un coup dur frustrant. Mais les Reds sont toujours en lice pour la FA Cup et, peut-être plus important encore, la Ligue Europa. Gagner la Ligue Europa, surtout avec une belle performance de Salah, serait un adieu approprié pour un joueur qui a remporté le trophée de la Ligue des champions en 2019 et le titre de Premier League en 2020, mettant fin à une disette de 30 ans. Un doublé national plus un trophée européen serait un chant du cygne vraiment légendaire. Mais soyons réalistes : cette équipe, même avec sa fougue juvénile, est à bout de souffle. Gagner les trois est un pari risqué, et s'attendre à ce que Salah les porte à lui seul à travers chaque match restant pourrait être trop demander à un joueur qui a déjà tant donné.
Voici le problème : Liverpool ne trouvera pas un autre Mohamed Salah. Ni en termes de production, ni en termes d'attrait mondial, et certainement pas pour 34 millions de livres sterling sur le marché actuel. Le club cherchera probablement une combinaison de talents pour tenter d'atténuer son départ. Luis Diaz, qui a marqué un but crucial contre Nottingham Forest le 2 mars, et Darwin Nunez, avec ses 10 buts en Premier League cette saison, devront élever leur niveau de jeu de manière constante. Harvey Elliott, qui n'a encore que 20 ans, a montré des éclairs de génie, y compris son but vainqueur dans le temps additionnel contre Crystal Palace le 9 décembre. Mais aucun d'entre eux ne possède le mélange unique de vitesse, de finition clinique et de durabilité de Salah. Liverpool pourrait dépenser 80 à 90 millions de livres sterling pour un jeune ailier cet été, mais même dans ce cas, c'est un pari. La vérité est que les prochaines saisons seront définies par la façon dont Liverpool s'adaptera à la vie post-Salah, et ce ne sera pas joli au début. Ils perdront des points dans des matchs qu'ils gagnaient facilement auparavant, et les buts se tariront par intermittence. C'est une conséquence inévitable de la perte d'un talent générationnel.
Ma prédiction audacieuse ? Liverpool termine deuxième de la Premier League cette saison, remporte la FA Cup, mais s'incline en demi-finale de la Ligue Europa. Salah marquera en finale de la FA Cup, scellant son héritage avec un dernier moment de gloire.